EN PRATIQUE

Blog different ou « le pacte du diariste » 

L'autobiographie ou l'écriture de soi

Collège/Lycée


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Séance 2. Correction de la fiche de navigation

Niveau 2de ou 1re

Cette séance peut se tenir soit en salle informatique, soit en salle banale avec un vidéoprojecteur. Dans le premier cas, les élèves sont libres de naviguer à leur gré sur le blog pour suivre ; dans le second cas (sans doute préférable ici), c’est l’enseignant (ou un élève) qui manipule l’ordinateur dont l’écran est projeté. La correction est orale et se fait, naturellement, dans un dialogue entre enseignant et élèves.

1. À quels indices voit-on que ce site est un blog ?
Outre le fait que le site est hébergé sur Canalblog (ce qui suffira, pour les connaisseurs, à prouver qu’il s’agit d’un blog), l’indice le plus voyant est le titre Blog different. Comme sur la plupart des blogs, la photographie (ici stylisée) de l’auteur figure dans le menu en haut à gauche et donne accès à une page de présentation. Mais il y a surtout l’importance de la chronologie, qui détermine l’ordre des billets : le calendrier en haut à droite et les billets par date, la date la plus récente apparaissant en premier. Il y a aussi les liens vers d’autres blogs (formant un réseau) et une écriture à la première personne. On retrouve là les grandes caractéristiques des blogs, à peu près ainsi formulées sur Pointblog.com1. Les élèves non habitués n’auront peut-être pas remarqué l’interactivité : sous chaque entrée, on peut envoyer un commentaire ou lire ceux des autres, et donc participer au blog avec la petite communauté qu’il catalyse.

2. Cliquez sur la photo de l’auteur en haut à gauche pour arriver à la page de présentation. Qui est l’auteur de ce blog ? Quelle est sa date de naissance ? De quel pays, quelle ville est-elle originaire ?
Les informations qui figurent sur cette page sont celles que l’auteur a bien voulu donner sur elle-même. On y trouve sa date de naissance (21 janvier 1974), sa ville (Paris), l’adresse de son blog, mais on pourra s’interroger sur l’absence de mention de son nom ou de son prénom. Habituellement, lorsque le blogueur ne veut pas donner son nom, il choisit au moins un pseudonyme, ce qui n’est pas le cas ici. Notre auteur conserve donc un anonymat complet, ce qui, on s’en doute, va poser problème lorsqu’il s’agira d’envisager la nature du « pacte » établi ici entre l’auteur et ses lecteurs.

3. Parcourez la présentation que fait l’auteur d’elle-même et comparez-la à celle proposée dans le billet du 14 septembre 2005 (en passant par le calendrier en haut à droite) : quels sont les procédés utilisés par l’auteur pour se présenter ? Qu’en pensez-vous ?
Avec les « j’aime/je n’aime pas » de la page de présentation comme avec la série d’anecdotes du billet du 14 septembre, l’auteur choisit pour se présenter l’accumulation d’informations personnelles, qui permettent au lecteur de se représenter peu à peu le personnage. Ainsi, plutôt qu’une description objective, qui serait par définition faussée puisque le personnage est l’auteur elle-même, le choix consiste à donner tout de même des indications sur les inclinations du personnage (j’aime, je n’aime pas, etc.).

4. Quel avertissement ironique, dès la page d’accueil du blog, peut être interprété comme un pacte autobiographique ?
« Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence… », peut-on lire en sous-titre du blog. C’est contradictoire avec le billet du 14 septembre, qui établit sans ambiguïté l’identité de l’auteur du blog et du personnage qui dit « je » : « Il y a des petites choses que personne ne sait de moi… [...] je vais vous les dire… », mais aussi avec le fait que l’auteur désigne parfois des amis à elle (seulement par leur prénom cependant : Meng, Yannou…). C’est contradictoire, enfin, avec le projet d’écriture du blog tel qu’il apparaît dans le premier billet (le 21 janvier 2005) : « I announce that my blog is born! ». C’est le jour des 31 ans de l’auteur : la naissance du blog est donc liée à l’anniversaire de la naissance de l’auteur. Il ne semble même pas y avoir, au début, d’autre projet d’écriture que de commémorer cette date, comme en témoigne l’entrée du 25 janvier où l’auteur se demande (en anglais, car elle est bilingue et utilise cette langue dans les premières entrées de son blog) ce qu’elle va bien pouvoir écrire sur son blog : « I'm thinking I'll let it sit for a few more days before I advertise it, just time enough to find my blog bearings and start considering what the F…k I'm going to talk about here. » Seul le titre du blog semble véritablement définir un projet d’écriture : Blog different (« Bloguez différemment »), parodie du célèbre slogan de la société Apple : Think different (« Pensez différemment »). Un prolongement à ce cours pourrait d’ailleurs consister à vérifier que ce projet n’est pas qu’une bonne trouvaille mais correspond à une réalité (en comparant à des Skyblogs ? pour ceux qui voudraient prendre ce risque !)
Il faut donc interpréter comme ironique cette parodie d’avertissement qui appartient au cinéma ou au roman ( le « bien sûr » est là d’ailleurs pour le confirmer, puisqu’au contraire rien ne pouvait prédisposer à le croire). Et quelle identité pourrait établir un blog entre un narrateur qui dit « je » et un auteur qui reste dans l’anonymat ? En effet, nous ne connaissons de l’auteur ni le prénom, ni le nom, ni même un pseudonyme qui nous permettrait de la nommer. Voilà sans doute une pratique caractéristique d’Internet (mais non systématique), qui consiste à masquer son identité, particulièrement lorsqu’il s’agit de dévoiler des informations sur sa vie privée. La notion de « pacte autobiographique » y perd-elle son sens ? Faut-il connaître le nom de l’auteur pour établir une identité entre lui et le personnage ? Pas nécessairement, en fait ; il suffit que le narrateur affirme, dans le texte même, qu’il est un personnage réel, et non fictif. Le pacte ne se lit plus dans le paratexte ou dans l’identité du nom de l’auteur et de celui du narrateur, mais bien dans tous les passages (comme ceux recensés dans le paragraphe précédent) qui témoignent de la réalité du personnage.
« Mais qu’est-ce qui prouve que ce personnage n’est pas fictif, que l’auteur de ce blog n’est pas un imposteur ? », pourraient objecter les élèves. En effet, rien ne le prouve et c’est à l’écriture de nous convaincre de sa bonne foi. Cela dit, la question se pose exactement de la même manière pour un livre imprimé, la nouveauté du Web ne résidant que dans la plus grande facilité à se dissimuler derrière un site dont on est le seul maître d’œuvre.

5. En vous appuyant sur le billet du 6 mai 2005, montrez que l’auteur fait preuve d’une certaine liberté de ton. Cette écriture vous paraît-elle pour autant dénuée d’intérêt littéraire ? Justifiez votre réponse.
La liberté de ton de l’auteur se marque d’abord dans le choix d’un sujet léger, celui des poissons rouges et du chat. Elle apparaît ensuite principalement dans les fréquents emplois d’un vocabulaire familier : « les antibios », « c’est pas gagné », « M'enfin, faudra qu'on m'explique pourquoi les chats choisissent toujours de faire leurs conneries la nuit », etc., et dans les marques d’humour : les périphrases « serpillière miaulante » pour désigner le chat, ou « les habitants invertébrés de mon aquarium » pour les poissons ; l’évocation de la signature d’un « pacte de non-agression » entre le chat et les souris, et tous les procédés qui témoignent de la distance amusée avec laquelle l’auteur développe ce récit. On peut également citer parmi les marques d’humour les balises ouvrante et fermante pour signaler le début et la fin de la digression, à la manière d’un programme informatique (« [digression] ; [/digression] »), clin d’œil aux internautes familiers avec le code HTML des pages web.
Cette liberté de ton ne signifie évidemment pas que l’on ait affaire à une écriture pauvre ou sans intérêt littéraire. Au contraire, un style riche révèle un paragraphe construit et une expression recherchée ; à côté des termes familiers figurent des termes rares ou des métaphores choisis pour leur effet humoristique : les poissons sont « placides », le poisson citron « brille par son absence » ou « est porté disparu »… le tout dans une syntaxe et une orthographe parfaites. Une figure traverse particulièrement le texte : il s’agit de l’inversion qui est faite entre le prédateur (le chat) et la proie (le poisson). Ici, les poissons commencent par être comparés à de gros animaux : « Les poissons Cichlidés ressemblent à des zèbres, se reproduisent comme des lapins » ; ils se conduisent surtout comme des prédateurs : ils « sont très agressifs, et ont la fâcheuse habitude de a) manger tout ce qui bouge et qui n'est pas de leur race dans l'aquarium, y compris vos doigts… ». Ce sont eux qui mangent la chatte : « Les poissons avaient appris à l'éviter, et peut-être aussi à la mordiller », une chatte par ailleurs pacifique (cf. le « pacte de non-agression »). Enfin, le poisson à nouveau dans l’eau « reprend du poil de la bête »… ce recensement n’est bien sûr pas exhaustif et l’on peut s’amuser à le prolonger avec les élèves.

6. En vous appuyant sur vos réponses aux questions précédentes, diriez-vous que ce blog est un journal intime ? Justifiez votre réponse.
Que l’on ait affaire à un journal est indéniable ; les entrées sont datées (même si elles sont irrégulières, voire si le blog n’était plus mis à jour), l’écriture est autobiographique, le ton est libre, comme on l’a montré en corrigeant les questions précédentes. Mais cela suffit-il pour qualifier ce journal d’intime ? Dans le billet du 14 septembre 2005, évoqué plus haut, l’auteur annonce un texte qui pourrait s’apparenter aux confidences : « Il y a des petites choses que personne ne sait de moi…[…] je vais vous les dire…». Qu’en est-il réellement ? On y lit une série d’informations certes relatives à sa vie privée (ce qu’elle aime ou pas, quelques souvenirs d’enfance), mais rien de proprement intime, de confidentiel. C’est d’ailleurs l’apanage de la plupart des blogs, et particulièrement des fameux « blogs lycéens » que l’on désigne souvent, à tort, comme des journaux « intimes », de laisser de côté l’intimité et la confidence pour privilégier une expression personnelle, dans des récits le plus souvent destinés à être partagés entre amis. C’est ce que constatait Philippe Lejeune bien avant l’arrivée des blogs, en 1998, en naviguant sur les premiers journaux personnels du Web : « A l’opposé du journal manuscrit confidentiel, le journal exposé sur la Toile crée donc des liens, catalyse la constitution de petites communautés…2 » Blog different fonctionne sur le même modèle, grâce aux commentaires que les amis sont invités à laisser sur le site et auxquels l’auteur répond. Comme l’écrit un témoin interrogé par Philippe Lejeune à la même époque, « faire lire son journal intime sur le Web, c’est donc avant tout écrire en vue d’être lu, et donc en fonction des attentes éventuelles d’un lecteur. […] Il s’agit alors d’une forme de récit autobiographique, mais nullement de journal intime, la présence du lecteur rompant le "pacte du diariste"3».


1 Web www.pointblog.com/

 
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