 Erich von Stroheim (M. Walter)
D.R. |
Un film français de Christian-Jacque (1938, noir et blanc), scénario de Jean-Henri Blanchon et dialogues de Jacques Prévert d’après un roman de Pierre Véry, avec Erich von stroheim (M. Walter), Michel Simon (M. Lemel), Armand Bernard (M. Mazeau), Robert Le Vigan (César, l’homme invisible), Serge Grave (Baume), Marcel Mouloudji (Macroy), Jean Claudio (Sorgue), Aimé Clariond (M. Boisse, le directeur).
1 h 38 min |
lundi 23 janvier 2006, 14 h 55
Le film
Chaque nuit, Baume, Sorgue et Macroy, pensionnaires du collège Saint-Agil, se retrouvent en salle de sciences. Ils ont créé une société secrète, « les Chiche-Capons », dont le but est de partir faire fortune aux États-Unis. Un soir, Sorgue aperçoit un mystérieux individu qui semble sortir du mur. Le lendemain, en cours d’anglais chez M. Walter, il tente de persuader ses camarades qu’il a vu un homme invisible. Personne ne le croit. C’est le chahut. Convoqué chez le directeur, il disparaît à la sortie du bureau. Tout le monde pense à une fugue jusqu’au jour où une carte postale arrive de New York avec la signature « Chiche-Capon ». La vie continue au collège. C’est au tour de Macroy d’être convoqué chez le directeur. À peine sorti du bureau, il disparaît à son tour. La fête du collège est maintenue malgré l’angoisse. M. Lemel, éméché, bascule par-dessus la rampe d’escalier, après une violente dispute avec M. Walter. Accident ou assassinat ? Les soupçons montent, les enfants commencent à paniquer. Baume décide de disparaître pour mener l’enquête. Il découvre le repaire d’un gang de faux-monnayeurs dirigé par le directeur du collège, et où Sorgue est retenu prisonnier. Macroy, quant à lui, revient encadré par des gendarmes. Il a été arrêté comme passager clandestin sur le Normandie en partance pour New York
Pistes à suivre
[Français, éducation au cinéma, 6e-5e]
À partir d’une étude sur les personnages et sur la mise en scène, il s’agira de dégager le point de vue du cinéaste. Le film nous invite à jeu de piste, aussi sera-t-il possible d’imaginer avec d’autres péripéties.
Sur les personnages
Tous les personnages du film sont fortement caractérisés : par leur manière de jouer, par leurs costumes, par leurs maquillages et coiffures, par leurs dialogues. Chacun a un registre de langage et une tonalité. En outre chacun est filmé selon son caractère. Par exemple, avec Sorgue, ce sera dans une esthétique expressive, avec un jeu sur les ombres et les lumières, afin d’accentuer son attrait pour la fiction et le mystère.
Tenter de définir pour chacun des personnages un bref portrait à partir de ces différents éléments.
Les Chiche-Capons : le rêve d’un espace de liberté. Ce sont les enfants qui ouvrent le film et c’est sur eux que se termine l’histoire (plus un nouvel intronisé). Dès la première réunion nocturne, le caractère des trois héros s’affirme. C’est parce qu’ils sont enfermés (nulle ligne de fuite dans ce huis clos, sauf à la fin) que leur rêve d’évasion prend plus d’ampleur.
Pourquoi Baume tient-il tant à respecter les règles strictes du protocole alors que Macroy rechigne à les appliquer ? Qu’est-ce qui sépare Macroy de Baume alors que tous deux partagent le même rêve ? Prolongement : pensez-vous qu’un jour Baume aurait véritablement émigré vers l’Amérique ? Sorgue est un garçon qui écrit un roman. Pourquoi est-ce lui qui voit l’apparition et non pas ses camarades ? Pourquoi croit-il sans hésiter à l’histoire de l’homme invisible ? Quelles sont ses relations avec ses geôliers ? Expliquer pourquoi il semble heureux en captivité. Que peut-on dire de son statut et de son rôle à l’intérieur du récit ? De qui peut-on le rapprocher ?
Les adultes : un monde de suspicions et d’échecs. Compléter un tableau présentant les protagonistes adultes du film, distinguant :
– Leur identité : Walter, Boisse, Lemel, etc.
– Leur emploi : professeur d’anglais, directeur, préfet de la discipline, etc.
– Leurs manies et particularités.
– Leur apparence physique (si elle est remarquable).
Rechercher un terme et un seul pour qualifier le plus précisément possible chacun d’eux.
Étudier particulièrement le cas du professeur Walter : il est l’étranger qui génère fantasme et préjugés. Qu’est-ce qui le différencie des autres professeurs, outre son origine étrangère ? Quelle est la nature de sa pédagogie avec les enfants ? Comment expliquer que les enfants ne se méfient pas de lui contrairement aux adultes ? Pourquoi a-t-il volé la carte postale ? Qu’est-ce qui le rapproche des enfants ? Pourquoi les enfants ont-ils décidé le l’introniser dans leur groupe et de le proclamer président d’honneur ? Quel sens donner à cet acte qui clôt le film ? Les professeurs manifestent à plusieurs reprises leur antipathie et un racisme ordinaire à son encontre. Un unique enfant est repoussé et mis en garde par Walter sur sa manie d’espionner et de « cafarder » : pourquoi ? Imaginer cet enfant devenu adulte en temps de guerre : quelle serait son attitude ? Relever les différents traits de xénophobie qui se manifestent dans le film. Quel fantasme récurrent s’exprime dans le film au sujet de l’étranger ?
Sur la mise en scène
Les Disparus de Saint-Agil est une adaptation d’un roman de Pierre Véry, d’après ses souvenirs d’une enfance de collégien durant laquelle il était l’écrivain du groupe.
Le film mêle plusieurs registres narratifs : du conte enfantin au suspense à dévoiler, du portrait psychologique à la description attentive d’une société à la veille d’une grande catastrophe. Avec une typologie marquée des personnages : chacun des comédiens campe franchement son rôle avec un goût prononcé pour le jeu.
Le film s’inscrit dans la veine populaire du roman à clés, de Tintin à Gaston Leroux (pour son côté « mystère et boule de gomme » avec un jeu de piste déchiffré par Baume), accompagné des dialogues de Jacques Prévert, non crédité à l’époque au générique. Tracer avec les élèves ce qui relève du non-sens (l’histoire de la salade, par exemple), du jeu de mot (autour de la gorge rouge, par exemple).
Dès l’ouverture du film, la caméra installe une atmosphère particulière jouant sur les clairs-obscurs. On peut appliquer dès lors l’expression « faire la lumière » au projet de Baume qui va mener seul l’enquête. La caméra est directive, elle participe pleinement de l’action (travelling, panoramique). Pourquoi ce choix d’une grande mobilité alors qu’elle exclut le champ/contrechamp (procédé courant pour filmer alternativement les personnages) ? Qu’est-ce que ces choix apportent au récit ? Est-ce que cette mobilité de la caméra aide à résoudre le mystère des disparitions ? Est-ce que le film donne de faux indices ? Lesquels ? Relever ces fausses pistes et imaginer leurs suites logiques et leurs dénouements. Est-ce que le spectateur en sait plus que les personnages du drame ?
Une particularité : il n’y a pas de femme. Toute l’action se joue dans un univers clos et surveillé. Comment peut-on comprendre ce choix de la part du cinéaste ? Qu’est-ce que cet espace limité apporte au film ?
Pour en savoir plus
VÉRY Pierre, Les Disparus de Saint-Agil, Gallimard-Jeunesse, coll. « Folio Junior », 1998.
Sur le site d’éducation au cinéma du CRAC de Valence, le dossier pédagogique du film Les Disparus de Saint-Agil, inscrit naguère au catalogue du dispositif Collège au cinéma.
http://crac.lbn.fr/
Nadia Meflah, formatrice en cinéma |
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