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Un film américain de Chris Columbus (Harry Potter and the Philosopher’s Stone, 2001). |
Scénario : Steve Kloves, d’après le roman de J. K. Rowling
Photographie : John Seale
Musique : John Williams
Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Ruppert Grint (Ronald « Ron » Weasley), Emma Watson (Hermione Granger), Richard Harris (le professeur Albus Dumbledore), Alan Rickman (le professeur Severus Rogue)
Durée TV : 2 h 26 min
dimanche 26 décembre 2004, 20 h 55
Le film
Le résumé
Harry Potter, encore bébé, a été miraculeusement épargné de la mort qui a foudroyé ses très célèbres sorciers de parents. Il est confié par la société des sorciers à sa tante et à son oncle qui le maltraitent. Cette famille de Moldus ne le ménage guère. À 11 ans, il est enfin exfiltré de cet environnement catastrophique et il s’en va rejoindre Poudlard, la grande école de sorcellerie. Au cours de cette première année de pensionnat, il se révèle possesseur de remarquables dons et se fait deux amis fidèles : Hermione et Ron. Avec leur aide, il affronte les forces du Mal en la personne de Voldemort, l’assassin de ses parents.
Le contexte
Les aventures de l’apprenti-sorcier sont un immense succès en librairie et leurs transpositions cinématographiques amplifient le phénomène. On ne peut pas ignorer le rôle de la pensée magique dans la prime-enfance et le besoin de magie inhérent à l’homme : le lecteur-spectateur apprécie Harry Potter qui, en toute occasion, peut agir sur la matière. La romancière Joanne Kathleen Rowling ne confiait-elle pas qu’elle aimerait avoir le don d’invisibilité pour ne plus être reconnue ? (Mon Quotidien, 28 juin 2003).
Steve Kloves, le scénariste, s’est entendu avec elle et, par contrat, a respecté les contenus romanesques. Des ellipses sont nécessaires à la transposition d’un roman en film, mais le spectateur retrouve les personnages et les situations qui l’ont captivé en tant que lecteur. Toutefois, le film n’est pas une pâle illustration du premier tome de la saga. Certaines séquences s’en écartent : la version cinématographique propose des solutions différentes aux signifiés romanesques (voir « La séquence »). La réalisation du premier film a été confiée par la Warner à Chris Columbus (scénariste des Gremlins et réalisateur, entre autres, des deux Maman, j’ai raté l’avion) après avoir été un moment réservée à Spielberg, qui aurait souhaité « américaniser » les contenus du premier tome de la saga, ce qui aurait déplu à l’auteur. Harry Potter à l’école des Sorciers a connu un immense succès, et fut vite complété par une suite intitulée Harry Potter et la Chambre des secrets (Chris Columbus, 2002). L’année 2004 voit le réalisateur Alfonso Cuaron transposer Harry Potter et le Prisonnier d’Azbakan, et Mike Newell, Harry Potter et la Coupe de feu, le quatrième volet. Les sagas littéraires et leurs suites cinématographiques ne sont-elles qu’un phénomène de mode ? Existe-t-il d’autres exemples sériels dans l’histoire du cinéma ?
La démarche
Les imaginations croisées de la romancière, du scénariste et du réalisateur ont donné naissance à un film complexe, tissé de références savantes que l’institution scolaire se doit de pointer dans le cadre de l’éducation au cinéma, de l’étude des rapports entre la littérature, les langues étrangères, les arts plastiques, l’histoire, les sciences et même la musique, dont nous ne parlerons pas, et le septième art. L’industrie du film a réagi très rapidement en transposant les tomes successifs : pour les jeunes lecteurs-spectateurs, suivre l’évolution dans le temps des personnages de tome en tome et les voir grandir à l’écran de film en film est une expérience unique dans l’histoire du cinéma.
Recherchez préalablement des films, séries télévisées ou titres de presse ayant récemment mis en avant des personnages de gentils sorciers. Dégagez l’origine des personnages et des thèmes du film. Travaillez sur la mythologie et le bestiaire du film en relevant les références à des mythes et monstres imaginaires connus.
Un phénomène récent
La fascination qu’exercent sorcellerie et magie n’est pas récente : la littérature (pour la jeunesse), le cinéma et la télévision (la série Charmed, héritière de Ma sorcière bien aimée dans les années 1950, ou Sabrina) apportent chaque année de nouveaux titres. Même la mode et la presse « people » s’en mêlent : en décembre 2003, profitant de la sortie du cinquième tome de la saga, le mensuel Jalouse titre « Mode féérique, Spiritualité magique, Art Mystique : Fières d’être sorcières » et Magic People (« Le magazine des secrets des stars ») : « Comment devenir sorcière » ! Parallèlement, des publications scientifiques interprètent les textes des grands procès faits par l’Église aux sorciers, fouillent la mémoire du territoire pour rendre compte de pratiques occultes qui, parfois, ont encore cours.
Une contre-école ?
L’univers de Potter et de ses amis est d’une extrême complexité. La fiction met en scène des personnages humains, mythiques ou légendaires. Leurs représentations sont issues d’imaginaires divers, ceux des mondes antique, gothique (médiéval et dix-neuvièmiste), classique, etc., recyclés dans le quotidien d’un internat calqué sur le modèle anglo-saxon traditionnel. Poudlard accueille uniquement des sorciers pour un enseignement exclusif de la sorcellerie (une contre-science). Cette école des sorciers ne se voudrait-elle pas de facto une contre-école, une utopie ? Mais dans notre école réelle, les disciplines telles que les lettres, l’histoire, les sciences exactes, les langues (latin, grec, anglais, allemand), les arts plastiques seront mobilisées pour aborder la magie du film :
– thèmes et genres littéraires, littérature utopique, transpositions cinématographiques et télévisuelles ;
– latin pour les formules « magiques » ; dieux, héros, bestiaire, monstres et êtres légendaires de l’Antiquité et du Moyen Âge ;
– histoire du christianisme, de ses hérésies, de ses guerres ; dictatures politiques et « chasses aux sorcières » à l’époque moderne ;
– pensée scientifique versus magie, sorcellerie, alchimie ;
– civilisation anglo-saxonne, son système scolaire, sa langue, ses traditions ;
– représentations plastiques des êtres surnaturels et autres entités, des sorciers et sorcières.
Cette efficace alchimie de thèmes se révèlera plus compréhensible après l’étude des diverses sources qui l’ont inspirée. Voici deux glossaires et quelques questions :
Mythologie, légende, histoire
Sorciers, sorcières. Il existe une histoire des persécutions qu’ils ont subies. Les premiers étaient des chrétiens du XIIe siècle, disciples d’un Lyonnais, Pierre Valdo. Jugés hérétiques parce qu’ils avaient prêché la pauvreté évangélique (morale qui donna la religion réformée au XVIe siècle), le concile de Vérone de 1184 les excommunia. Ils se cachèrent alors dans les hautes vallées alpines. Leurs cérémonies religieuses, ou « vauderies » ou « synagogues » ou encore « sabbats », devinrent, aux yeux de la hiérarchie catholique, des messes noires dédiées au Diable qui se seraient achevées en orgies... Prétextes inventés pour les éliminer. Au XVe siècle, les tribunaux de l’Inquisition « inventèrent » la sorcellerie afin de mener au bûcher hérétiques et prétendus adeptes du Diable. Pour se rendre au « sabbat », les sorciers auraient enduit leur corps d’une graisse spéciale à l’aide d’une petite baguette qu’ils enfourchaient ensuite pour s’envoler. Un balai plus prosaïque, la remplace dans l’imaginaire collectif. Quant à la baguette magique, n’est-elle pas l’avatar du caducée du dieu Hermés (cf. infra) ? Quels étaient les pouvoirs de ce caducée ? En quelle langue les apprentis-sorciers s’expriment-ils lorsqu’ils font usage de leur baguette ?
Mages, magiciennes, magie. Les dieux de la mythologie grecque usaient et abusaient de leurs pouvoirs « magiques ». Zeus déroba à la terre une plante magique qui lui permit de vaincre les Géants et de dominer définitivement les autres Dieux. Son fils Hermès arborait une « baguette magique » : il déroba les bœufs d’Apollon qui le rechercha et lorsqu’il le retrouva, fut charmé par la musique de sa lyre. Il lui offrit alors sa houlette de berger qui devint... le caducée ! Certains humains avaient également des pouvoirs identiques. Circé transforma Ulysse et ses compagnons en pourceaux, puis les délivra de ce sortilège. La magie blanche, ou théurgie, est bénéfique. La magie noire, ou goétie, est maléfique. La sorcellerie userait de la magie noire. Quel type de magie la majorité des sorciers de Poudlard pratiquent-ils ? Est-ce que ce choix a valeur de morale ? Par qui est-il magistralement imposé ? Qu’est-ce qu’un prestidigitateur ? Les magiciens des mythes et légendes n’étaient-ils pas ses ancêtres ?
Alchimie et pierre philosophale. L’alchimie aurait été l’art de la transmutation de la matière. Les opérations auxquelles se livraient les alchimistes concernaient la transformation des vils métaux en or et l’action sur les règnes animal et végétal. La pierre philosophale aurait conféré richesse, santé éternelle et connaissance à l’adepte qui, par ses opérations et sa quête philosophique, serait devenu un véritable démiurge. Nicolas Flamel (1330-1417) est légendaire par la fortune qu’il aurait distribuée aux œuvres charitables, fortune due à des expériences de transmutation de métaux. Le titre du roman et du film en anglais est Harry Potter and The Philosopher’s Stone (aux USA ...and the Sorcerer’s Stone). Pourquoi le titre français insiste-t-il sur l’école plutôt que sur l’alchimie ? Pour quelles raisons Voldemort veut-il s’approprier la Pierre ? Évoquer l’alchimie, permettra de (re)définir les objectifs et les moyens que se donnent les sciences exactes. Pour l’anthropologue James G. Frazer, la religion serait née des échecs et des erreurs de la magie et la pensée scientifique a succédé à la pensée religieuse ; la magie aurait alors constitué une « pré-science ». En quoi, par exemple, la chimie diffère-t-elle de l’alchimie ? La pierre philosophale a-t-elle réellement existé ?
Halloween. Le culte celte de « Samain » ou « Samhain », il y a 2 500 ans, est devenu au VIIIe siècle la célébration chrétienne de la Toussaint. L’Église, n’arrivant pas à éradiquer la fête païenne, la redéfinit à son profit. Le XIXe siècle vit la coutume profane d’Halloween se propager aux USA et le XXe la transforma en un carnaval d’automne. Halloween vient de « All Hallows’eve » (eve/evening : veille de All Hallows’day. Que signifie Hallow en vieil anglais ?
Bestiaire
Cerbère / Touffu. Le chien tricéphale gardait la porte des Enfers, permettant aux ombres des morts d’y entrer et les empêchant d’en sortir. Certains héros l’amadouèrent, tel Orphée avec sa lyre et ses chants. Touffu protège une trappe qui mène aux souterrains où est cachée la pierre (il faut noter que dans la tradition alchimiste, un dragon à trois têtes symbolise le matériau duquel on obtient les trois parties de « l’Oeuvre » : le mercure, le soufre et la pierre philosophale). Quel rapport Touffu entretient-il avec le mythe grec ? Comment Voldemort endort-il Touffu ? Quelle est la différence entre l’action des héros dans le roman et dans sa version cinématographique ?
Centaure / Firenze. Avec un buste d’homme sur un corps de cheval, les centaures, ces monstres carnassiers et brutaux, hantaient les forêts de Thessalonique. Auraient fait exception les bons et sages Pholos et Chiron. Firenze, le centaure protecteur de la Forêt interdite serait-il leur avatar ? Le roman fait apparaître trois centaures, le film un seulement. Y aurait-il une raison d’ordre technique à la disparition des deux autres ?
Dragon / Norbert. Ce monstre ailé à quatre ou deux pattes crachait du feu. L’éclosion de l’œuf et la naissance de Norbert, le protégé d’Hagrid, est filmée en référence à celle des œufs de dinosaures de Jurassic Park (Spielberg, 1993). De quel genre participe ce dernier film ?
Licorne. Ce cheval blanc avec une corne plantée sur le front craignait les lions et aimait les jeunes filles et les enfants. Le sang de la licorne tuée prolonge la vie de Voldemort en attendant qu’il s’empare définitivement de la pierre philosophale. Citez le titre d’une tapisserie célèbre représentant une licorne. Dans le film ses motifs décorent une pièce particulière : laquelle ?
Troll. Les trolls auraient la taille d’un petit enfant ; ils vivraient dans les forêts alémaniques. Mais le troll du film est géant... Dans quel but le scénariste l’a-t-il grandi ? Il ressemble étrangement à l’ogre Shreck, héros du film éponyme (2001). Le clin d’œil est-il seulement d’ordre cinéphilique ? N’y a-t-il pas une parenté d’ordre technique dans les deux cas ?
Hydre / Le Filet du Diable. Doté de neuf têtes de serpent – dont une seule était immortelle – accrochées à un corps de chien, l’hydre vivait dans une caverne près du lac de Lerne en Grèce. Héraclès en vint à bout (le second de ses douze travaux). Dans le film, le filet du Diable est une immense hydre végétale. La séquence montrant cet enchevêtrement de racines vivantes en rappelle une autre, celle du film Alien, la résurrection (Jeunet, 1997). Cette séquence est l’objet d’une analyse (voir « La séquence »).
La chouette. Chez les Grecs, elle symbolisait le don de clairvoyance et accompagnait la déesse Athéna. Pour l’Inquisition, les sorcières se transformaient la nuit en chouettes ! Joue-t-elle le rôle d’oiseau de malheur dans le film ? Comment se prénomme celle de Harry ? Un plan du film nous montre une accumulation de chouettes et de hiboux autour de la maison des Dursley, clin d’œil au dernier plan du film Les Oiseaux (Hitchcock, 1963) : où la comparaison s’arrête-t-elle ?
La sorcellerie : un « fait de religiosité » ?
L’institution scolaire a pour mission d’enseigner le fait religieux et son histoire : le film autorise certaines mises au point d’ordre historique en se servant, par exemple, d’œuvres littéraires. Au lycée, La Sorcière de Jules Michelet (1862) et Les Sorcières de Salem (1954) d’Arthur Miller permettront de mettre en parallèle histoire littéraire et histoire ancienne et contemporaine. Miller met en scène les « sorcières » brûlées à Salem par les puritains en 1692, allusion aux communistes américains des années 1950, pourchassés par le sénateur McCarthy. On évoquera ce qui en a résulté pour le cinéma américain. Parallèlement, on ne fera pas l’impasse sur l’hitlérisme et le communisme qui ont organisé de massives et sanglantes « chasses aux sorcières » sans oublier les dérives nationalistes contemporaines (Balkans, Rwanda). On notera qu’aujourd’hui, une partie de l’Église orthodoxe prétend que le petit sorcier pousse les enfants « vers le diable et la sorcellerie » et que des protestants américains ont organisé des autodafés des volumes « sataniques » de Potter (Mon Quotidien, 8 février 2003). Leurs ancêtres de Salem ignoraient certainement leur propre histoire d’hérétiques au point de reproduire les supplices dont ils avaient été autrefois victimes. Toutefois, en 2003, l’histoire de ce fait religieux ne saurait être ignorée de ses adeptes. Qu’est-ce que la fiction Harry Potter révèle de nos sociétés contemporaines ?
Effets quidditch
Dans les reportages sur les matches de football et de rugby, les caméras suivent les joueurs à distance, même si l’emploi du zoom rapproche les téléspectateurs de certains. On ne leur a pas encore fixé des micro-caméras sur la tête ou sur le casque comme pour les pilotes de formule 1. La séquence du match de quidditch projetée sur grand écran met les spectateurs « dans le coup » : ils croient voler à grande vitesse avec les apprentis-sorciers. Qu’apportent les effets spéciaux à la relation de ce match ? Ces nouvelles techniques servent-elles la fiction lorsqu’elles ne sont utilisées que pour elles-mêmes (lire dans « Le document » la critique de la BBC) ?
Personnages, acteurs et spectateurs du même âge
Harry est interprété par Daniel Radcliffe, 11 ans, Ron par Rupert Grint, 12 ans, Hermione par Emma Watson, 10 ans et Drago par Tom Felton, 14 ans. Daniel avait joué dans une version télévisée de David Copperfield, mais ses parents ne voulaient pas qu’il recommence. Tom avait une petite expérience de comédien. Tous sont devenus des « stars » ; ils ont tourné le premier film, sa suite et vont tourner la nouvelle. Ils prêtent leur talent à des personnages auxquels les jeunes spectateurs peuvent s’identifier parce qu’ils leur renvoient une image idéale positive à deux niveaux : celle d’un jeune héros en quête du bien (fiction) et celle d’une réussite socioprofessionnelle précoce (réalité). Quel enfant n’a pas rêvé de tourner dans un film ? Pour quelles raisons ces non-professionnels ont-ils été choisis par la production ? Le film aurait-il eu autant de succès s’ils n’avaient pas été aussi naturels ? Si les personnages qu’ils incarnent s’étaient livrés à la quête du mal, auriez-vous pu vous identifier à eux ? Comment voyez-vous Malefoy ? Outre un physique adéquat, quelles sont les qualités requises pour jouer la comédie ? Est-ce que leur image vient à votre mémoire lorsque vous lisez leurs nouvelles aventures ? Est-ce gênant ?
Le thème
La « fantasy » ou le merveilleux
Le film appartient au genre merveilleux (fantasy, en anglais). Les événements surnaturels s’imposent aux personnages qui les vivent et même les cultivent. On a pu lire dans la presse cinéma qu’il participait, tel Le Seigneur de Anneaux, de l’ heroic fantasy (?). Afin d’éviter toute confusion, il semble utile de faire retour sur certaines définitions propres à l’écriture littéraire. Le terme fantasy signifie « imagination créatrice » et s’applique depuis 1949 à un genre littéraire duquel sont exclus la science-fiction, le fantastique, le fantastique moderne et l’insolite. Il rassemble les récits merveilleux pour enfants (children fantasy) ou pour adultes (adult fantasy). Il se subdivise en divers sous-genres dont l’ heroic fantasy, inspirée du roman d’aventure et la high fantasy, épopée initiatique ou roman d’apprentissage. Ainsi, Le Seigneur des Anneaux, tout comme Harry Potter, n’appartient pas à l heroic fantasy, mais plutôt à la high fantasy parce que, dans l’ heroic fantasy la magie (noire) est au service du mal. En revanche, dans la high fantasy, c’est la magie blanche qui donne la victoire aux héros. Par quels moyens le cinéma donne-t-il à ce merveilleux de tradition littéraire une dimension spectaculaire ?
La séquence
Le film : une adaptation ?
Lorsqu’un scénariste transforme une œuvre littéraire en scénario, il ne change pas de code : l’écrit romanesque devient scénaristique même lorsque le travail consiste à transformer ce qu’on appelle des sommaires et des pauses descriptives en scènes dialoguées (didascalies et dialogues). Lorsqu’un réalisateur se saisit de ce scénario pour en faire un film, les phrases des dialogues écrits sont oralisées, les didascalies sont interprétées par les comédiens filmés en images mobiles. Des bruits sont ajoutés et souvent de la musique, parfois quelques écrits (intertitres, sous-titres, images d’écrits) en dehors de ceux, obligatoires, du générique. Il change donc de code. Sans critiquer l’usage d’un terme commode pour la profession, le rôle de l’enseignant n’est-il pas de pointer ce travail de transcodage, de transposition ? Le terme d’« adaptation » n’est-il pas réducteur si l’on considère le véritable travail de recréation que suppose le cinéma ? N’évoque-t-il pas une pratique illustrative ? Réfléchir sur ces opérations de traduction d’un code en une pluralité n’implique pas de condamner le terme utilisé par la profession, mais il existe une autre désignation : « version cinématographique d’une œuvre littéraire », le terme « version » ne signifie-t-il pas « traduction » au collège et au lycée ?
À propos de la séquence sur le filet du Diable, on écrira le scénario (didascalies et dialogues) du fragment romanesque en restant strictement fidèle à ses contenus, puis on proposera un découpage technique de celui-ci, qu’on comparera avec l’analyse filmique proposée ici.
Résumés |
Le roman : « Le filet du diable » (p. 271-272) |
Le film : 1 h 50 min à 1 h 53 min |
« Touffu une fois endormi, Harry se laisse tomber par la trappe ; il atterrit sur quelque chose de mou et a l’impression d’être assis sur une sorte de plante. Il dit à Ron et Hermione de sauter. Hermione, qui a déjà sauté, atterrit de l’autre côté d’Harry. Elle sent que les longues vrilles tentaculaires de la plante ont commencé à s’enrouler autour de ses chevilles. Elle se lève d’un bond et parvient péniblement à se réfugier contre une paroi humide. Quant à Ron et Harry, des sortes de lianes leur ont déjà ligoté les jambes sans qu’ils s’en rendent compte. Plus ils tirent sur les tentacules, plus l’emprise du monstre végétal se resserre autour d’eux. Hermione leur ordonne de ne pas bouger car elle reconnaît cette plante : le Filet du Diable. Elle aime l’humidité et l’obscurité. Harry lui dit d’allumer un feu. Mais il n’y a pas de bois. Elle sort sa baguette magique, l’agite, marmonne quelque chose. Un jet de flammes bleues jaillit en direction de la plante qui se recroqueville alors sous l’effet de la chaleur et de la lumière. Ils retrouvent alors leur liberté de mouvement [...] » |
Une harpe placée à côté de Touffu joue, maintenant le cerbère endormi. Ils en profitent pour déplacer la patte qui protège la trappe. Une fois celle-ci ouverte, la harpe cesse de jouer. Touffu se réveille, bave et réagit sauvagement. Ils sautent : Harry le premier, puis Hermione, puis Ron. Ils atterrissent sur un amas de lianes visqueuses. La plante réagit d’abord lentement. Hermione comprend ce qui se passe. Harry commence à être enveloppé de ses tentacules. Ron également. Hermione, prisonnière, leur ordonne de ne plus bouger et de se détendre ! Ron plaisante, Hermione sourit, se détend et la plante libère son emprise. Hermione disparaît au-dessous. Les deux garçons l’appellent et lui demandent ce qu’ils peuvent faire. « Se détendre », crie-t-elle. Harry l’appelle. Au-dessous, elle crie de faire ce qu’elle leur dit ! Harry s’exécute, grimace et la plante le libère. Ron hurle de panique en regardant son ami disparaître. Harry atterrit à côté d’Hermione. Ron, au-dessus, hurle au-secours. Hermione doit trouver une solution et elle se souvient d’un cours d’herbologie : la plante n’aime pas la lumière. Elle pointe sa baguette magique « lumus solem » : des faisceaux lumineux se projettent sous sa masse, la traversent. Ron, délivré, tombe à côté de ses deux amis : « C’est une chance qu’on n’ait pas paniqué », fanfaronne-t-il. Les deux amis se regardent et Harry lance ce quasi-reproche : « C’est une chance qu’Hermione soit attentive au cours d’herbologie ! » |
Questions
À quoi servent les connaissances d’Hermione ? En quoi, dans le film, la première solution proposée par Hermione ressemble-t-elle à celle qu’adopte intuitivement Ripley dans Alien ?
Référez vous à l’article de la BBC (in « Le document ») : « Much of the book's humour is jettisoned » et donnez votre avis.
Paramètres techniques |
Action |
Dialogues |
Sons autres |
1. Plan moyen, contre-plongée. |
Les trois enfants sautent. Touffu passe une tête dans l’ouverture, aboie et bave... |
« Ah... » |
Râles, aboiements, cris, musique. |
2. Plan moyen, plongée. |
Harry et Hermione reposent sur un tapis de racines. Ron tombe... |
« Ah... » |
Cris, musique. |
3. Plan moyen, travelling vertical d’accompagnement. |
Il tombe... |
« Ah... » |
Cris, musique. |
4. Plan rapproché, contre-plongée. |
... et atterrit enfin. Il sourit et souffle. |
Ron : « Whao ! » |
La musique cesse, puis reprend. |
5. Plan ensemble, travelling latéral. |
Les trois sont calés sur l’amas de racines. Ron regarde autour de lui. |
Ron : « On a de la chance que cette plante soit là ! » |
Musique. |
6. Plan rapproché, légère plongée. |
Les racines commencent à bouger. Harry regarde et réagit. |
Harry : « Oh, oh, oh ! » |
Bruits visqueux, musique. |
7. Plan rapproché. |
Hermione regarde autour d’elle et grimace. |
|
Bruits. |
8. Plan rapproché. |
La plante bouge, les racines rampent. |
Harry (hors champ) : « Oh, oh, oh ! » |
Idem, musique très basse. |
9. Plan rapproché travelling avant. |
Elles s’attaquent à Ron et Harry. Harry essaie de reculer. |
|
Idem. |
10. Gros plan. |
Une racine entoure une jambe d’Harry. Ses mains cherchent à l’en débarrasser. |
|
Idem. |
11. Plan rapproché panoramique vertical. |
Il tire. |
|
Idem. |
12. Plan moyen, lent travelling avant. |
La plante ligote Hermione qui se débat. |
|
Idem. |
13. Plan rapproché, lent travelling avant. |
Elle force et grimace. |
|
Idem. |
14. Plan rapproché, légère plongée, lent travelling avant. |
La plante ligote Ron. |
Hermione (hors champ) : « Ne... » |
Idem. |
15. Plan rapproché, légère plongée, lent travelling avant. |
La plante ligote Harry qui cherche à s’en dégager. |
Hermione : « ...bougez plus vous deux. C’est un filet du Diable ! » |
Idem. |
16. Gros plan. |
Hermione conseille ses deux amis. |
Hermione : « Il faut vous détendre ! » |
Idem. |
17. Plan d’ensemble, lent panoramique horizontal. |
Les trois sont ligotés dans l’amas de racines. |
Hermione : « Si vous résistez, elle vous tuera encore plus vite ! »
Ron : « Elle nous tuera plus vite... Oh... ? » |
Idem. |
18. Gros plan. |
Ron ironise en se débattant. |
Ron : « ...maintenant j’peux me détendre ? » |
Idem. |
19. Plan rapproché, lent travelling avant |
Hermione sourit et grimace. Elle commence à disparaître en le regardant. |
|
Bruits amplifiés d’aspiration. |
20. Plan d’ensemble, lent panoramique horizontal (= 19). |
Ron et Harry hurlent. |
Ron et Harry : « Hermione ! » |
Bruits visqueux, musique. |
21. Gros plan. |
Ron se débat de plus en plus. Il panique. |
Ron : « Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »
Hermione (hors champ) : « Détendez-vous ! » |
Idem. |
22. Plan moyen, légère plongée, lent panoramique horizontal. |
Harry se débat et appelle. |
Harry : « Hermione où es-tu ? » |
Idem. |
23. Plan d’ensemble, plongée, , |
Hermione apparaît au-dessous par le trou qu’elle a laissé dans l’amas de racines. Elle les conseille. |
Hermione : « Faites ce que je vous dis, ayez confiance ! » |
Idem. |
24. Plan rapproché, lent travelling avant. |
Harry ferme les yeux, se concentre. Il s’enfonce. |
Ron (hors champ) : « Ahhhh ! » |
Idem. |
25. Gros plan, légère plongée. |
Ron panique, hurle. |
Ron : « Ahhhh ! Harry ! » |
Idem. |
26. Plan d’ensemble, légère plongée. |
Harry tombe et rejoint Hermione. |
Ron (hors champ) : « Au secours ! » |
Idem, atténué. |
27. Plan rapproché, légère plongée. |
Hermione regarde Harry. |
Hermione : « Harry, tu n’as rien ? » |
Idem, atténué. |
28. Plan moyen, panoramique horizontal. |
Il rejoint Hermione.
Tous deux regardent en l’air. |
Harry : « Non, ça va ! »
Ron (hors champ) : « Au secours ! »
Hermione : « Il n’arrive pas à se détendre. »
Harry : « J’en ai pas l’impression... » |
Idem, atténué. |
29. Plan moyen, plongée. |
Hermione peste et gesticule. |
Hermione : « Il faut que je trouve un moyen. »
Harry : « Lequel ? »
Hermione : « Eh... » |
Idem, atténué. |
30. Plan rapproché, contre-plongée. |
Hermione cherche. Harry regarde en l’air. |
« ...J’ai lu quelque chose là-dessus en herbologie. » |
Idem, atténué. |
31. Gros plan. |
Ron se débat et hurle au secours. |
Hermione, hors champ : « Filet du diable, filet... » |
Idem, amplifié. |
32. Plan rapproché, contre-plongée. |
Hermione cherche, et se souvient.
Elle dirige sa baguette magique vers les racines. |
« ...du diable, à l’ombre est vivace mais au soleil grimace. C’est ça, cette plante déteste la lumière. »
|
Idem, atténué. |
33. Plan américain, plongée. |
La baguette lance un éclair. |
« Lumus solem » |
Flash. |
34. Plan d’ensemble. |
La masse de racines est traversée par les éclairs et elle s’entrouvre. |
|
Flash, tonnerre, sifflement. |
35. Plan rapproché. |
Ron s’enfonce dans la masse. |
|
Idem. |
36. Plan moyen. |
Ron tombe de la masse de racines aux pieds de ses amis. |
|
Choc, la musique s’arrête. |
37. Plan rapproché. |
Ron est à terre. |
Harry : « Ça va ? » |
Le vacarme cesse. |
38. Plan américain, contre-plongée. |
Les deux s’agenouillent. |
« Ça va, Ron ? » |
|
39. Plan américain, panoramique vertical. |
Ron se relève. |
Ron : « Oui, ça va ! Ouh... » |
|
40. Gros plan, contre-plongée. |
Ron regarde autour de lui. |
« ...une chance qu’on n’ait pas paniqué ! » |
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41. Plan rapproché, contre-plongée. Panoramique vertical recadrant Harry. |
Les trois se regardent.
Ils se retournent attirés par un bruit hors champ. |
Harry : « Une chance qu’Hermione soit attentive au cours herbologie ! »
Hermione : « Qu’est-ce que c’est ? »
Harry : « Je ne sais pas. On dirait des battements d’ailes. » |
|
Le document
Une critique d’Adrian Hennigan parue sur le site BBCi le 6 novembre 2001, à étudier en classe d’anglais.
www.bbc.co.uk/
Vocabulary
Bespectacled: who wears spectacles.
Albeit: although.
Celluloid: filmic.
Young leads: young cast, young comedians.
Flawless: perfect.
Jettisoned: thrown overboard.
A remark
"Unspectacular": the use of this adjective is rather positive. It announces the following: "[...] the impressive special effects complement the story, rather than merely compensate for the lack of one."
Questions
What are the physical similarities between the characters played by Harold Lloyd and Harry? Is it usual for a hero to wear spectacles?
"A (two-and-a-half hour) fantasy": give a definition of "fantasy".
"Spellbound": what is ironical in the use of the term?
Pour en savoir plus
AROMATICO Andrea, Alchimie : le grand secret, Gallimard, 1996.
SALLMANN Jean-Michel, Les Sorcières, fiancées de Satan, Gallimard, 1989.
DELOBBE Karine, Halloween, PEMF, coll. « Histoire de fêtes », 2003.
GOIMARD Jacques, Critique du merveilleux et de la fantasy, Pocket, coll. « Agora », 2003.
MAUSS Marcel, Sociologie et Anthropologie, PUF, 2003. Pour la référence à Frazer.
MONNEYRON Frédéric, THOMAS Joël, Mythes et Littérature, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2002.
Le site officiel de la Warner Bros met l’accent sur les films, reproduit une interview de Daniel Radcliffe, qui interprète Harry Potter.
http://harrypotter.warnerbros.fr/
Une interview de la romancière J. K. Rowling, en anglais. Et, sur le même site, un glossaire en anglais et un guide de prononciation.
www.scholastic.com/
Le site de l’inspection académique de Versailles offre des fiches pédagogiques pour lire Harry Potter en anglais et en français. Une liste de sites est indiquée qui permettra de travailler sur les films en anglais mais également en espagnol.
www.ac-versailles.fr/
André Menguy, professeur à l’IUFM de Nice |
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