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Un documentaire de Pierre Bourgeois, coproduit par La Cinquième/Artline Films/France 3 Bourgogne Franche-Comté, diffusé dans le cadre de La Cinquième rencontre.
52 min |
Diffusion : jeudi 8 février, 14 h 35
Vue dans son environnement, Rochefort-sur-Nenon (Jura), entre Dole et Besançon, est un petit village rural de 600 habitants qui ressemble aux nombreuses communes de France avec sa place centrale bâtie près de l'église, son école, sa zone industrielle, sa zone pavillonnaire... Pourtant, à y regarder de plus près, Rochefort a changé depuis le début du siècle dernier. Des aménagements « minuscules » ont fait évolué ce petit village franc-comtois.
C'est sur cette évolution du paysage de Rochefort que L'hypothèse du paysage s'interroge : qu'est-ce, aujourd'hui, que le paysage de Rochefort-sur-Nenon ? Et plus généralement qu'est-ce qu'un paysage ?
Après avoir montré une vue d'ensemble de Rochefort-sur-Nenon, le documentaire quitte cette représentation de la réalité pour cerner au plus près la réalité du paysage, perçue différemment selon les individus. Il existerait donc « des » paysages de Rochefort-sur-Nenon dont aucun ne peut prétendre à l'objectivité puisque son étude est, par nature, chargée de valeurs affectives ou idéologiques. À l'aide de nombreux témoignages (habitants, élus, fonctionnaires, architectes...) et de représentations de paysages (vues aériennes, photographies à diverses saisons et à différentes époques présentées en fondus enchaînés), le documentaire montre que la notion de paysage est polysémique et prête à des interprétations contradictoires.
Pistes à suivre
Le thème général du documentaire s'intéresse à une notion clé de la géographie et s'inscrit dans un travail plus global sur le concept d'espace. Il est au cœur du programme de la classe de 6e (L'étude des grands types de paysages).

Le paysage : image de la réalité ?
Observé directement ou filmé, le paysage n'est qu'une vision subjective d'une réalité géographique. Il ne s'agit, le plus souvent, que d'une perception extérieure et personnelle. Pour s'en rendre compte, les élèves pourront commenter la première vue aérienne de Rochefort-sur-Nenon : quel paysage est présenté ? (un paysage rural ? urbain ?). Cette description de paysage permet de dégager les problèmes à expliquer, car comme le dit Jacky Theurot, historien et professeur à l'université de Franche-Comté, « comprendre le paysage de Rochefort aujourd'hui ne nécessite pas seulement une lecture directe, mais il faut comprendre comment il a évolué (...), comment s'est établi le lien entre les hommes et le milieu ».
Les élèves, indiqueront à l'aide du commentaire, les grandes étapes de l'évolution de Rochefort au XXe siècle (exode rural dans les années 1950, le remembrement des années 1960, l'installation d'une zone industrielle entre la voie ferrée et la route nationale, les lotissements).
Cette conception traditionnelle de l'utilisation du paysage en géographie est complétée par une analyse du cadre de vie : quels sont les atteintes au paysage de Rochefort ? C'est dans ce cadre que le débat est le plus vif. Les élèves pourront choisir l'un des paysages étudiés (l'étude de la place est la plus aisée) et montrer son évolution. Dès lors, les élèves sont confrontés aux multiples perceptions d'un même paysage.
Un autre exemple est particulièrement intéressant : la cimenterie. Après avoir fait observer aux élèves les photographies la représentant aux différentes saisons, quelle perception ont-ils de ce paysage ? Ils confronteront celle-ci aux propos de Philippe Thébaut, urbaniste et paysagiste : le paysage doit être pensé dans son épaisseur historique mais aussi être anticipé afin de répondre aux besoins des sociétés humaines.
Le paysage représenté
Le paysage perçu ou représenté fait l'objet de la deuxième partie du documentaire. Le paysage est aujourd'hui fixé par les lois et le budget communal. Le « village neuf » de Rochefort-sur-Nenon en est un parfait exemple. Les élèves s'attacheront à noter les explications du maire de la ville (date de sa construction, nombre de pavillons, raison(s) de sa construction) et à donner les « qualités » de ce lotissement selon Arnaud Laffage, paysagiste et professeur à l'école d'architecture de Paris-La Villette. Ils confronteront ce dernier avis à celui de Michel Jean, architecte des Bâtiments de France.
Un travail équivalent peut être mené avec le paysage routier de Rochefort-sur-Nenon et son aménagement (évolution historique de la perception, confrontation de points de vue entre l'État et la mairie).
Autour de l'émission

Les prises de vues
Au début du documentaire, une prise de vue aérienne, accompagné d'un commentaire général, présente le village de Rochefort-sur-Nenon et son environnement. Cette séquence annonce le parcours que propose le film. Or la prise de vues est un acte de création. En outre, les vues aériennes ou au sol donnent du sens au paysage. Les éléments vus du paysage constituent de l'information géographique : comment sont disposés ces éléments ? quelles sont leurs formes ? quelle est la couleur du ciel et de l'environnement ? quelles sont les constructions symboliques ou patrimoniales (église, mairie, place du village, exploitations agricoles, rues plus ou moins animées...) ?
On étudiera donc les diverses prises de vues qui permettent de rendre compte des paysages de Rochefort-sur-Nenon : vues aériennes, travelling dans les rues, vue générale, vue rapprochée... Selon la prise de vue, quel élément du paysage est mis en valeur ? La prise de vue aérienne par exemple, permet d'identifier des éléments du paysage comme les voies de communication, l'habitat, le parcellaire, le village... Grâce aux prises de vues sélectionnées, on détermine le cadrage de l'image : zone d'intérêt principal au centre du « champ » (voir l'étude de la place), informations annexes à la périphérie dont les plans zoomés permettent de les faire varier. Dès lors, on fera comprendre aux élèves que les éléments parasites pour la démonstration sont mis à l'écart hors du champ.
L'étude du lotissement ou comment une image peut en cacher une autre ?
L'exemple le plus abouti à traiter avec les élèves est le paysage du « village neuf ». On partira des pré-acquis des élèves en leur demandant ce qu'est pour eux un lotissement. Cette partie d'étude commence par une vue aérienne montrant le lotissement dans sa globalité et en liaison avec le village. Un premier commentaire pourra être fait par les élèves avec leurs impressions générales : quelle impression générale sur le lotissement donne la prise de vue aérienne ? Puis, des photographies à diverses saisons montrent une maison en construction : décrire les photographies (type d'habitation, matériaux, environnement). Les élèves prennent conscience du type de lotissement présenté : grandes habitations relativement luxueuses. Le témoignage d'un couple du lotissement confirme l'impression (à l'arrière-plan se trouve leur piscine). Pourtant, rien ne distingue ce lotissement d'un autre : des maisons, relativement espacées, dans un espace rurbanisé qui conserve une partie de son caractère villageois. Néanmoins, une particularité se fait jour : l'arrière du lotissement ouvre sur un paysage « naturel » d'une grande richesse. Ce passage, symbolisé par le portail, rend le lotissement original (« le lotissement se paye un luxe ») : quels sont les éléments constitutifs du paysage ? comment le qualifier ? Quelle prise de vue permet de le mettre en valeur ? Cette activité devrait permettre aux élèves de mieux comprendre le sens d'une image pour l'étude de la géographie.
Les cartes postales
Qu'apportent au documentaire les cartes postales concernant le village ? comment s'intègrent-elles dans le fil conducteur de la démonstration ?
Outre leur intégration dans la narration (le film commence par une carte postale en noir et blanc du début du siècle), les cartes postales s'animent et permettent de dépasser le simple rappel de l'historicité du paysage dans les différents témoignages. Elles donnent une valeur mélancolique au paysage : ces photographies, figées dans le temps, rendent compte d'une certaine réalité qui n'existe plus ou tout du moins qui a largement évolué. Leur animation porte témoignage de l'épaisseur du temps, de la mémoire du paysage. Le fait qu'un grand nombre de cartes postales concernent la place de l'église, enjeu de l'aménagement du village de nos jours, prouve que le paysage est un produit social.
Exercice : on s'exercera avec les élèves à comparer les deux vues suivantes de Rochefort-sur-Nenon. Quelle est la nature des deux images proposées ? La première est une carte postale de 1904, la seconde est une simple photographie prise en 2000. En un siècle, n'y a-t-il pas des changements intervenus dans ce paysage.
 Rochefort-sur-Nenon en 1904 |
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 Rochefort-sur-Nenon en 2000 |
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Texte à l'appui

Vers un paysage banal ?
L'attrait des paysages ruraux s'est même révélée tel que dans certaines régions les constructions traditionnelles sont devenues numériquement insuffisantes et que la périphérie des villages s'est empâtée de maisons neuves. Malheureusement, celles-ci se trouvent presque toujours en rupture avec le tissu existant, aussi bien par leur proportions que leurs couleurs et leurs disposition sur leur parcelle de terrain. Les bâtisseurs s'inspirent généralement des méthodes en usage dans les banlieues et rares sont désormais les villages et les hameaux qui ne possèdent pas à leur périphérie ou parfois sur un espace plus vaste un paysage rurbain banal. Dans le pire des cas, la totalité du finage est mitée de pavillons plantés chacun au milieu d'une parcelle, ce qui entraîne un excessif surcoût de desserte et un gâchis paysager auquel seule pourrait remédier la plantation autour des maisons d'arbres de haute venue. Il ne faut pas omettre, d'ailleurs, que nombre de campagnes françaises sont mitées depuis fort longtemps : ce sont toutes les régions d'habitat dispersé. La différence avec les mitages contemporains tient au fait que les maisons y sont fondues dans la masse du paysage rural.
Jean-Robert PITTE, Histoire du paysage français, tome 2 : Le profane : du XVIe siècle
à nos jours, Hachette, coll. « Pluriel », 1986, pp.153-156.
Rephotographier un paysage en géographie
Comment, à partir d'un document ancien, procéder à la reprise photographique d'un paysage ? L'exercice, qui fait appel au sens de l'observation, à une analyse pointue des images ainsi qu'à des notions d'optique et de géométrie peut être menée dès le CM1. Daniel Quesney, chargé de projet à La Villette et photographe auprès de l'Observatoire photographique du paysage, nous indique le chemin à suivre.
Bien choisir le document d'origine. Ce peut être une vieille photographie. Mais l'idéal, ce sont les cartes postales anciennes que les élèves récolteront chez leurs grands-parents, dans une brocante, voire aux archives de la ville. Pour permettre une reprise photographique, l'image doit d'abord être facilement localisable et contenir suffisamment d'informations (éviter les gros plans). Elle doit également offrir des repères précis. Si, par exemple, on n'y voit que de la végétation, il vaut mieux s'abstenir. En revanche, toute présence d'éléments architecturaux (clocher, maison, poteau) est bienvenue. Il est plus facile de débuter avec un paysage urbain.
Retrouver le point de vue. On peut procéder par petits groupes de quatre, cinq élèves, chaque groupe travaillant, par exemple, à partir de différentes vues anciennes d'un même paysage. Pour retrouver l'emplacement exact de la prise de vue initiale, on se sert de la méthode des alignements et du principe géométrique de la triangulation. Avant de passer aux trois dimensions, on peut s'exercer, en classe, sur deux dimensions. On cherche, sur le document ancien, deux repères (exemple : un poteau et une fenêtre, un arbre et un mur) qui n'appartiennent pas au même plan et que l'on peut aligner en dessinant une ligne droite entre les deux. Il faut toujours au moins deux alignements. Une fois sur les lieux, on se met en quête, à l'œil nu, d'éléments anciens toujours existants et susceptibles de s'aligner comme sur le document d'origine. Puis on se déplace jusqu'à ce que les quatre alignements (les deux du document d'origine et les deux du paysage actuel) coïncident. On se trouve alors au bon endroit et on n'en bougera plus. Si l'on se déplace en effet un tant soit peu, la perspective change.
Retrouver le bon cadre. La recherche du cadrage se fait depuis l'emplacement de la prise de vue. Il dépend de la longueur focale de l'objectif et du format du film. Mais, pour plus de facilité, il est recommandé de travailler avec un objectif de 35 mm. L'angle de champ risque d'être plus large que le cadrage d'origine. Aucune importance, on pourra recadrer la photo. Il est aussi recommandé d'utiliser un format de film négatif courant (24 x 36). Pour tous ces réglages, un pied est vivement conseillé.
Déterminer le jour J. La date et l'heure de la reprise de vue dépendent elles aussi du document d'origine. l'état de la végétation comme la longueur des ombres portées permettent de déterminer la saison. L'orientation des ombres indique le moment de la journée. Afin de ne pas fausser le jeu de la comparaison, on essaie de respecter à peu près l'une et l'autre, tout comme les conditions météo. Ainsi, ne pas rephotographier par grand soleil un paysage pris autrefois sous un ciel nuageux. Le choix de la couleur ou du noir et blanc dépend aussi du document d'origine. Voilà, il ne reste plus qu'à appuyer sur le déclic.
Comparer. Pour que la comparaison entre les deux états d'un même paysage soit fructueuse, on recense toutes les différences. Chacune d'elles peut renvoyer à des disciplines différentes : architecture, urbanisme, sociologie, agronomie, géologie, botanique, environnement, etc. Ainsi l'on peut apprendre comment se forme, se déforme et se transforme un paysage.
Téléscope, n° 173, CNDP, 8 novembre 1997.
Pour en savoir plus

À lire
PITTE Jean-Robert, Histoire du paysage français, Hachette, coll. « Pluriel », 1983.
Véritable mine, malgré les avancées récentes, ce travail précurseur permet d'en finir avec le paysage naturel et montre les diversités des paysages façonnés par la nature mais aussi l'histoire.
PÉRIGORD Michel, Le Paysage français, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1996.
ROGER Alain (dir.), La Théorie du paysage en France, Champ Vallon, 1995. Sous un titre un peu austère, un florilège précieux des meilleurs articles publiés depuis plus de vingt ans.
« Le paysage : décor ou enjeu ? », TDC, CNDP, 15 juin 1997, réf. 755 01777. Ce dossier souligne les liens qui existent entre paysage vu, paysage vécu et paysage représenté. Divers documents (textes de journaux, photos et cartes, reproductions de peintures ou d'images publicitaires...) offrent des pistes et des outils pour un travail interdisciplinaire.
Avec le paysage, de l'école au collège, CRDP de Toulouse, coll. « 50 activités », 1999, réf. 310 00A15, 130 F. Des fiches pédagogiques ancrées sur l'utilisation du paysage en géographie et expérimentées dans le cadre d'activités réalisées au collège ou exploitées dans le cadre de classes transplantées, de classes-patrimoine, de classes de nature.
À voir
La collection « Paysages à lire », émissions Galilée, La Cinquième/CNDP, 1998/1999, réf. 002 K2047, 380 F. Cinq vidéocassettes regroupant 14 émissions de 13 mn chacune présentant des paysages décryptés et analysés à l'aide de l'infographie et d'interviews.
À consulter
LANG Marie-Danielle, CLÉMENT Bernard, COLOTTE Gérard, ESSID Ridha et PARADEIS Jean-Paul, Les Paysages géographiques, cédérom, Diapofilm multimédia, 2000.
Un cédérom simple d'utilisation qui permet aux élèves d'analyser, de comparer les paysages géographiques étudiés en classe de 6e.
Une bibliographie commentée sur le thème du paysage, proposée par le ministère de l'équipement., qui s'intéresse aux diverses approches de la notion de paysage (esthétique, sociologique, historique, philosophique...).
www.urbanisme.equipement.gouv.fr/
Ce dossier a été rédigé par Richard Basnier, professeur d'histoire et de géographie au collège Gustave-Courbet de Trappes. |
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© CNDP
- Images, écrans, réseaux / Télédoc Janvier 2001
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