 D.R. |
Un documentaire anglais de Malcolm Clarke et Stuart Sender (2004), produit par Alliance Atlantique, diffusé dans Infrarouge.
1 h 20 min |
la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 novembre 2006, 1 h 05
Rediffusion : la nuit du samedi 25 au dimanche 26 novembre, 4 h 40
L’émission
Ce long documentaire britannique aborde l’itinéraire singulier d’un célèbre acteur et réalisateur allemand de confession juive du Berlin des années 1930, Kurt Gerron (brillant second rôle dans L’Ange bleu). L’histoire de cet homme est aussi l’histoire de millions de juifs allemands, puis européens, ayant dû subir les mesures vexatoires antijuives mises en place par les nazis, les rendant progressivement étrangers dans leur propre pays. Mais le film lève aussi le voile sur un épisode peu connu du processus génocidaire mis en place par les nazis, celui du « ghetto modèle » de Terezin (Therensienstadt) en Tchécoslovaquie occupée, vitrine mise en scène pour une opinion publique mondiale qui, à partir de la fin 1943, se pose de plus en plus de questions sur la disparition de plusieurs millions de juifs européens. C’est ce véritable camp installé dans une ancienne caserne, organisé dans ses moindres détails par les services de Goebbels, que Maurice Rossel, jeune représentant de 26 ans de la Croix Rouge internationale, yeux et oreilles d’un monde qui inconsciemment ne voulait pas savoir, visitera un jour de juin 1944, ravi et convaincu du bon sort réservé aux juifs.
Devant le succès de la supercherie, les nazis demandèrent à Gerron, lui-même prisonnier et vedette, de réaliser un film de propagande sur ce ghetto (Le Führer offre une ville aux juifs). Ce film et sa genèse restèrent inconnus des historiens et du grand public pendant près de cinquante ans. Si ce documentaire ne possédait qu’un seul mérite – ce qui n’est pas le cas –, c’est de nous l’avoir enfin révélé.
Pistes à suivre
[Histoire, 3e, 1re et Tle]
Exclure les juifs de la société européenne
Recenser les mécanismes de l’exclusion sur des bases « raciales » mise en place par les nazis. Gerron, qui était à l’époque un acteur très connu en Allemagne, s’est retrouvé pris dans le délire kafkaïen d’un État raciste qui du jour au lendemain, par ses lois, l’excluait de son métier, de ce qui constituait sa vie.
Cartographier les conséquences en termes de flux de population qu’ont eu ces mesures antijuives en Allemagne puis en Europe occupée. Gerron a dû quitter l’Allemagne pour la France, réputée encore pour sa tolérance (ce sont pourtant ces mêmes juifs étrangers que l’État de Vichy s’empressera de livrer aux autorités nazies). D’autres n’ont pas arrêté leur fuite en Europe : certains ont émigré aux États-Unis et ont constitué avec d’autres le noyau des réalisateurs et intellectuels allemands en pointe dans la lutte contre le fascisme hitlérien. Cependant, cette possibilité n’était réservé qu’aux plus riches des juifs européens persécutés. Pour les autres, il n’y avait pas et il n’y eut pas d’échappatoire.
Comment cacher au monde l’impensable ?
Comprendre et démonter les mécanismes psychologiques de la propagande nazie en montrant aux élèves les façons de décrypter les différents niveaux d’une image et ses effets sur l’inconscient. En visionnant des extraits du film Le Führer offre une ville aux juifs montré dans le documentaire, lister avec les élèves les éléments mis en avant par la propagande pour symboliser une vie modèle et heureuse (le sport, la musique, la convivialité, les sourires affichés) et analyser les sentiments suscités chez le spectateur (confiance, sympathie, amusement). Seule une maîtrise totale de ces éléments permettait à la propagande nazie d’arriver à son principal but, celui de la dissimulation de l’indicible vérité par la création d’une autre vérité, tellement proche de celle que l’on espérait.
Pour en savoir plus
SINGER Claude, Le Juif Süss et la Propagande nazie : l’histoire confisquée, Les Belles lettres, 2003.
FERRO Marc, Cinéma et histoire, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1993.
D’ALMEIDA Fabrice, Images et propagande, Casterman, coll. « XXe siècle », 1995.
Anthony Rougier, professeur d’histoire et de géographie |
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