Dis-moi dix mots dans tous les sens
Remue-méninges
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Découvrez le mot composé « remue-méninges » formé sur le modèle de « remue-ménage »…
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« Remue-méninges »… Voilà une expression pittoresque, voilà une trouvaille, et voilà un beau calembour ! Une réussite éclatante de ce qu’on appelle la terminologie, c'est-à-dire l’invention, l’invention faite exprès, l’invention délibérée d’un mot. Seulement il faut un petit peu d’histoire pour la remettre dans son contexte : le « remue-méninges », il a été inventé pour que l’on évite de parler de « brainstorming », qui est une expression anglaise dont la prononciation ne peut pas cacher les origines. Ça s’entend tout de suite que ça vient d’Angleterre ou même d’ailleurs des États-Unis.
Alors on va voir ce que ça veut dire « brainstorming ». C’est une expression qui est née dans les années 50 et qui correspond à une technique particulière : ce sont des réunions dont le but était de trouver des idées nouvelles pour renouveler, pour faire avancer, pour faire connaître l’activité d’une entreprise. Alors au début des années 50, aux États-Unis, la psychanalyse est très à la mode et donc l’association libre, le fait de ne pas se brider, de laisser venir les idées telles qu’elles viennent, de façon un petit peu imprévu : tout ça c’est extrêmement à la mode, même dans une logique libérale, on peut penser que c’est bon pour les affaires. Alors ce mot s’est exporté en France à une époque où ce qu’on appelait « le progrès » avait bien souvent un accent américain. Donc rien d’étonnant à ce qu’on lui ait cherché un équivalent en français, ne serait-ce que par moquerie. À la place de « brainstorming », on invente ce « remue-méninges » et c’est Louis Armand qui est un grand ingénieur, un grand résistant aussi pendant la Deuxième Guerre mondiale, et un grand économiste, qui propose ce mot en 1965. Il l’invente ou il le reprend, ça on ne sait pas trop.
Alors pourquoi l’expression « remue-méninges » est-elle si bien trouvée ? Et bien d’abord, elle reprend les images du mot anglais « brainstorming » : « brain » c’est le cerveau, donc les méninges. « Storm », c'est la tempête, même si on dit parfois que « brainstorming » ne désigne pas vraiment une tempête de cerveaux, mais la montée à l’assaut d’un problème.
Alors à image, image et demie ! La formule française rajoute un jeu de mot, un calembour à la première image puisqu’elle se calque presque exactement sur « remue-ménage » qui évoque un désordre agité et bruyant en général et qui manque d’efficacité. Alors bien sûr, on pense à la fameuse tempête sous un crâne de Victor Hugo, c’est le titre d’un des chapitres des « Misérables » qui reprend la crise de conscience terrible d’un des héros du roman, Jean Valjean. Seulement le mot tempête sous un crâne évoque un bouleversement individuel et même assez solitaire, alors que le « brainstorming » c’est collectif.
« Remue-méninges » est-ce que ça a eu du succès ? Un grand succès ? Honnêtement non ! C’est resté assez confidentiel, même si ça fait partie des recommandations officielles pour remplacer brainstorming. Au Québec, le mot a été accueilli en héros, il y a été mieux reçu qu’en France. C’est assez naturel, ça se comprend. Seulement d’abord la technique du « brainstorming » a aujourd’hui presque soixante ans ; elle appartient à une génération précédente. Et ensuite ce mot de « remue-méninges », d’une certaine façon il est victime de son ingéniosité parce qu’il est tellement bien trouvé qu’il fait encore sourire. On ne peut pas le prononcer sans le décomposer, sans s’émerveiller du jeu de mot : on sent encore ce clignotement malicieux entre ménage et méninge. Et c’est ce qui fait en même temps que l’expression fonctionne comme une citation plus que comme un mot ordinaire. Un mot est vraiment un mot, comme tel, quand on n’en perçoit plus immédiatement ni la formation ni les images.
Alors on va voir ce que ça veut dire « brainstorming ». C’est une expression qui est née dans les années 50 et qui correspond à une technique particulière : ce sont des réunions dont le but était de trouver des idées nouvelles pour renouveler, pour faire avancer, pour faire connaître l’activité d’une entreprise. Alors au début des années 50, aux États-Unis, la psychanalyse est très à la mode et donc l’association libre, le fait de ne pas se brider, de laisser venir les idées telles qu’elles viennent, de façon un petit peu imprévu : tout ça c’est extrêmement à la mode, même dans une logique libérale, on peut penser que c’est bon pour les affaires. Alors ce mot s’est exporté en France à une époque où ce qu’on appelait « le progrès » avait bien souvent un accent américain. Donc rien d’étonnant à ce qu’on lui ait cherché un équivalent en français, ne serait-ce que par moquerie. À la place de « brainstorming », on invente ce « remue-méninges » et c’est Louis Armand qui est un grand ingénieur, un grand résistant aussi pendant la Deuxième Guerre mondiale, et un grand économiste, qui propose ce mot en 1965. Il l’invente ou il le reprend, ça on ne sait pas trop.
Alors pourquoi l’expression « remue-méninges » est-elle si bien trouvée ? Et bien d’abord, elle reprend les images du mot anglais « brainstorming » : « brain » c’est le cerveau, donc les méninges. « Storm », c'est la tempête, même si on dit parfois que « brainstorming » ne désigne pas vraiment une tempête de cerveaux, mais la montée à l’assaut d’un problème.
Alors à image, image et demie ! La formule française rajoute un jeu de mot, un calembour à la première image puisqu’elle se calque presque exactement sur « remue-ménage » qui évoque un désordre agité et bruyant en général et qui manque d’efficacité. Alors bien sûr, on pense à la fameuse tempête sous un crâne de Victor Hugo, c’est le titre d’un des chapitres des « Misérables » qui reprend la crise de conscience terrible d’un des héros du roman, Jean Valjean. Seulement le mot tempête sous un crâne évoque un bouleversement individuel et même assez solitaire, alors que le « brainstorming » c’est collectif.
« Remue-méninges » est-ce que ça a eu du succès ? Un grand succès ? Honnêtement non ! C’est resté assez confidentiel, même si ça fait partie des recommandations officielles pour remplacer brainstorming. Au Québec, le mot a été accueilli en héros, il y a été mieux reçu qu’en France. C’est assez naturel, ça se comprend. Seulement d’abord la technique du « brainstorming » a aujourd’hui presque soixante ans ; elle appartient à une génération précédente. Et ensuite ce mot de « remue-méninges », d’une certaine façon il est victime de son ingéniosité parce qu’il est tellement bien trouvé qu’il fait encore sourire. On ne peut pas le prononcer sans le décomposer, sans s’émerveiller du jeu de mot : on sent encore ce clignotement malicieux entre ménage et méninge. Et c’est ce qui fait en même temps que l’expression fonctionne comme une citation plus que comme un mot ordinaire. Un mot est vraiment un mot, comme tel, quand on n’en perçoit plus immédiatement ni la formation ni les images.
Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

