Les mots de l'actualité
Trop
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Découvrez comment un adverbe peut devenir adjectif et surtout très à la mode…
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« Retrouve ta bande dessinée favorite avec des personnages trop sympas ». C’est un slogan – réel – pour une bande dessinée destinée aux enfants. Et cette phrase en effet imite un parler enfantin, une faute enfantine, en tout cas un usage encore considéré comme fautif, mais à la mode chez les jeunes et les très jeunes : on emploie « trop » pour « très », ou même « très très ».
C’est une façon de faire résonner l’intensif, un genre de superlatif. Des personnages « trop » sympas, sont des personnages vraiment extrêmement sympas, on pourrait même dire excessivement sympas : on retrouverait le même abus de sens, puisque excessivement veut dire à l’origine « à l’excès », donc trop. Mais cet usage-là est plus ancien et pas spécialement à la mode aujourd’hui.
Au départ donc, « trop » indique seulement qu’on a passé la mesure, on a été au-delà de ce qu’il fallait : tout le monde sait ce qu’est un pantalon trop grand, ou trop cher, ou trop rouge. Alors qu’aujourd’hui, l’adverbe ne va plus signifier que « très » : dérive expressive aisément compréhensible.
Mais cet effet de mode succède à un autre : l’adverbe trop a été utilisé comme un adjectif, depuis les années 80, dans des tournures un peu particulières : « Ah celui-là : il est trop… ». C’est-à-dire que ça correspond soit à une admiration, soit à une critique, tout en exprimant la surprise : « Avec ses chaussures violettes, ses chaussettes jaunes et son chapeau de travers, il est trop ! ». Un défi au bon goût ! « Et cet autre qui arrive en retard, et en plus rouspète,
il est trop ». Là, c’est plus critique.
L’usage nous vient de l’anglais, où la locution adverbiale « too much » a été utilisée dans le même sens. Et parfois, pour avoir l’air très dans le coup, j’ai cru comprendre qu’on pouvait jumeler les deux langues : « Celui-là, il est too much ! ».
Est-ce du bon français ? Sûrement pas. Mais je l’ai entendu !
Yvan Amar
Article publié le 24/05/2006
Site langue française de RadioFranceInternationale - « Les mots de l'actualité »
C’est une façon de faire résonner l’intensif, un genre de superlatif. Des personnages « trop » sympas, sont des personnages vraiment extrêmement sympas, on pourrait même dire excessivement sympas : on retrouverait le même abus de sens, puisque excessivement veut dire à l’origine « à l’excès », donc trop. Mais cet usage-là est plus ancien et pas spécialement à la mode aujourd’hui.
Au départ donc, « trop » indique seulement qu’on a passé la mesure, on a été au-delà de ce qu’il fallait : tout le monde sait ce qu’est un pantalon trop grand, ou trop cher, ou trop rouge. Alors qu’aujourd’hui, l’adverbe ne va plus signifier que « très » : dérive expressive aisément compréhensible.
Mais cet effet de mode succède à un autre : l’adverbe trop a été utilisé comme un adjectif, depuis les années 80, dans des tournures un peu particulières : « Ah celui-là : il est trop… ». C’est-à-dire que ça correspond soit à une admiration, soit à une critique, tout en exprimant la surprise : « Avec ses chaussures violettes, ses chaussettes jaunes et son chapeau de travers, il est trop ! ». Un défi au bon goût ! « Et cet autre qui arrive en retard, et en plus rouspète,
il est trop ». Là, c’est plus critique.
L’usage nous vient de l’anglais, où la locution adverbiale « too much » a été utilisée dans le même sens. Et parfois, pour avoir l’air très dans le coup, j’ai cru comprendre qu’on pouvait jumeler les deux langues : « Celui-là, il est too much ! ».
Est-ce du bon français ? Sûrement pas. Mais je l’ai entendu !
Yvan Amar
Article publié le 24/05/2006
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Cette chronique est issue de l'émission Les mots de l'actualité produite par Yvan Amar et diffusée sur RFI - Plus de Mots de l'actualité sur RFI

